
Un nouveau livre de Michel Clavel vient de paraître aux éditions Tana. Nous nous souvenons de l'esprit pétillant de ses précédents «Paris en jeux» & «Re-connaissez vous Paris», ainsi que de la qualité hors du commun de tous les textes qu'il a publiés dans la revue «Formules». Eh bien son nouveau livre est aussi brillant, aussi ludique, encore plus oulipien, et dans une édition d'une qualité à couper le souffle. Vous découvrirez de brefs extraits de ce «Petit livre à offrir à un amoureux des mots» sur le site de l'éditeur. On le trouve évidemment sur Amazon et divers libraires en ligne, mais également chez le vôtre au coin de votre rue, ou bien chez les gros Virgin ou FNAC. Mais le site de ce dernier attribue curieusement ce livre à la directrice de collection, Raphaële Vidaling. Parlons justement un peu de la collection et de l'édition, car c'est tellement beau que le prix de 14,90 euros en paraît donné. La couverture très solide de ce livre se ferme avec un aimant, ce qui lui donne un aspect de boîte à secrets ou à bijoux. Les 125 pages sont dans d'élégantes harmonies de verts et de mauves, chacune glacée avec une texture différente adaptée au texte. Certains mots importants sont mis en valeur par une surface plus brillante. En regardant presque à l'horizontale la double page qui évoque Proust, on découvre par exemple de subtiles ratures réfléchissantes qui imitent celles des brouillons de l'écrivain. Wow, un travail éditorial de cette qualité ne court pas les rues!
Mais ce sont les textes dont Michel Clavel est l'auteur. Il consacre une double page à chaque concept, en l'illustrant toujours par des trouvailles inédites de sa plume. Tout ce que nous aimons y passe, des calembours aux contraintes dures, mais le tour de force de Michel est d'innover en permanence. Par exemple, quand il décompose les mots en deux morceaux, il cisaille une définition qui combine les deux sens :
Il compose un quasi-pangramme curieusement lipogrammatique en U, et fait juste remarquer en note que ça devient un lipogramme en O si l'on remplace tous les O par des U. Eh alors, me demandez-vous ? Eh bien la nouvelle phrase fait aussi sens, et n'a plus rien à voir avec la première! Mais il consacre plus loin une autre double page aux véritables pangrammes, et propose de s'en servir pour construire des menus ou des listes de courses, des orchestres ou des aquariums. Pour les anagrammes, il arrive encore à sortir des sentiers largement explorés par les poètes (de Zürn à Chamontin), les lexicographes virtuoses comme Jacques Perry-Salkow, ou le subtil minimalisme d'Alain Chevrier. Il définit en effet des mots grâce à deux anagrammes, réunissant ainsi les qualités de JPS & AC :
Ne sont pas oubliés les mots désuets ou rares, pour le seul plaisir de leur parfum d'autrefois, de leurs sonorités ou de leurs origines; les mots longs, les éponymes, les néologismes, les métiers sortis de leur contexte, les insultes, l'argot des banlieues... Plus ludiquement oulipien, nous retrouvons les dingbats, les mots-valises, ou encore un impressionnant isogramme bilingue (mêmes lettres dans le même ordre, seules les espaces étant modifiées pour passer de l'anglais au français). Les autoréférences sont bien sûr aussi au rendez-vous, et dès le sous-titre du livre. Michel a également composé un coquin paragraphe ambigraphique. Alain Zalmanski est évidemment invoqué à propos des aptonymes. Et d'autres oulipiens & membres de la «liste oulipo» apparaisent dans la bibliographie (JPS & AC, René Droin, Éric Angelini...), sans parler des citations spirituelles de grands auteurs qui émaillent le livre.
Bref, c'est un régal, digne de Michel Clavel, et dont les fidèles de «Formules» seront de toute évidence un public enthousiaste. Associez un tel contenu à une édition de haulte voltige, et vous saurez quoi offrir au prochain anniversaire ou à la prochaine invitation !
Le mot Mans est souvent associé aux 24 heures.
Le mot sad est triste en Angleterre. [...]
Il compose un quasi-pangramme curieusement lipogrammatique en U, et fait juste remarquer en note que ça devient un lipogramme en O si l'on remplace tous les O par des U. Eh alors, me demandez-vous ? Eh bien la nouvelle phrase fait aussi sens, et n'a plus rien à voir avec la première! Mais il consacre plus loin une autre double page aux véritables pangrammes, et propose de s'en servir pour construire des menus ou des listes de courses, des orchestres ou des aquariums. Pour les anagrammes, il arrive encore à sortir des sentiers largement explorés par les poètes (de Zürn à Chamontin), les lexicographes virtuoses comme Jacques Perry-Salkow, ou le subtil minimalisme d'Alain Chevrier. Il définit en effet des mots grâce à deux anagrammes, réunissant ainsi les qualités de JPS & AC :
Canoë : cône à / océan.
Malade : la dame / de Lama.
Ne sont pas oubliés les mots désuets ou rares, pour le seul plaisir de leur parfum d'autrefois, de leurs sonorités ou de leurs origines; les mots longs, les éponymes, les néologismes, les métiers sortis de leur contexte, les insultes, l'argot des banlieues... Plus ludiquement oulipien, nous retrouvons les dingbats, les mots-valises, ou encore un impressionnant isogramme bilingue (mêmes lettres dans le même ordre, seules les espaces étant modifiées pour passer de l'anglais au français). Les autoréférences sont bien sûr aussi au rendez-vous, et dès le sous-titre du livre. Michel a également composé un coquin paragraphe ambigraphique. Alain Zalmanski est évidemment invoqué à propos des aptonymes. Et d'autres oulipiens & membres de la «liste oulipo» apparaisent dans la bibliographie (JPS & AC, René Droin, Éric Angelini...), sans parler des citations spirituelles de grands auteurs qui émaillent le livre.
Bref, c'est un régal, digne de Michel Clavel, et dont les fidèles de «Formules» seront de toute évidence un public enthousiaste. Associez un tel contenu à une édition de haulte voltige, et vous saurez quoi offrir au prochain anniversaire ou à la prochaine invitation !
Gilles Esposito-Farèse






